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Euclid révèle l’architecture invisible de l’univers : la première carte 3D de la matière noire BBR

C’est une image qui ne montre rien de ce que nos yeux peuvent voir, et pourtant, elle montre tout ce qui compte. Le télescope spatial européen Euclid vient de livrer sa première carte tridimensionnelle de la matière noire. Une prouesse technologique qui dévoile enfin le squelette invisible sur lequel repose notre cosmos.
Depuis son lancement en juillet 2023, le télescope de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) scrute le ciel avec une obsession : comprendre de quoi est fait l’univers sombre. Nous savons que la matière ordinaire, celle qui compose les étoiles, les planètes et nous-mêmes ne représente que 5 % du contenu de l’Univers. Le reste ? 25 % de matière noire et 70 % d’énergie sombre. Jusqu’à présent, cette « matière fantôme » nous échappait. Aujourd’hui, grâce à cette publication majeure, nous voyons enfin comment elle est structurée à travers l’espace et le temps.
Comment cartographier ce qu’on ne peut ni voir, ni toucher, ni détecter par aucun rayonnement ? Euclid utilise une ruse de la physique prédite par Einstein : la lentille gravitationnelle faible. La matière noire n’émet pas de lumière, mais elle a une masse. Et qui dit masse, dit gravité.
En observant des milliards de galaxies lointaines situées en arrière-plan, Euclid a mesuré d’infimes distorsions dans leur forme apparente. Ces déformations ne sont pas réelles ; elles sont causées par la lumière de ces galaxies qui voyage vers nous et qui est courbée par la gravité des amas de matière noire qu’elle traverse. En analysant ces distorsions sur une portion gigantesque du ciel, les supercalculateurs de la mission ont pu reconstituer la position et la densité de la matière invisible agissant comme une lentille. C’est un peu comme deviner la forme d’un objet en verre transparent en regardant comment il déforme le paysage derrière lui.
La carte 3D révélée ce matin est vertigineuse. Elle couvre une tranche de l’univers s’étendant sur 10 milliards d’années-lumière. On y distingue clairement la « toile cosmique » : une structure complexe faite de filaments de matière noire s’entrecroisant, reliant des nœuds massifs où se nichent les amas de galaxies, et séparés par de gigantesques vides cosmiques.
Cette cartographie confirme avec une précision statistique inédite que la matière visible (les galaxies lumineuses) suit fidèlement les rails tracés par la matière noire. Les galaxies sont comme les phares éclairant une côte rocheuse obscure ; sans les rochers (la matière noire), les phares ne tiendraient pas. Cette confirmation renforce le modèle standard de la cosmologie, tout en posant de nouvelles questions sur la nature exacte de cette particule de matière noire qui refuse toujours de se montrer dans nos accélérateurs de particules.
Mais l’enjeu dépasse la simple cartographie. En comparant la distribution de la matière noire à différentes époques de l’histoire de l’Univers (grâce à la profondeur 3D), Euclid nous raconte l’histoire d’un bras de fer titanesque. D’un côté, la matière noire tente de tout agglomérer par gravité ; de l’autre, l’énergie sombre tente de tout disloquer en accélérant l’expansion de l’univers.
Les données analysées montrent comment ces structures ont évolué au fil des éons. Si la matière noire s’agglutine moins vite que prévu par les modèles théoriques actuels, cela pourrait signifier que notre compréhension de la gravité à grande échelle est incomplète. Euclid ne fait pas que prendre des photos ; il met Einstein à l’épreuve.
Ce que nous voyons aujourd’hui n’est que la première tranche significative des données. Euclid va continuer son arpentage pendant encore plusieurs années, avec pour objectif final de cartographier plus d’un tiers du ciel extragalactique. Cette première carte 3D est la preuve de concept éclatante que l’humanité a désormais les outils pour sonder les 95 % de l’univers qui nous étaient jusqu’alors étrangers.